Addis-Abeba, le 3 novembre 2026
Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) exprime sa pleine solidarité avec le Gouvernement et le peuple de la République du Kenya et soutient leur appel à un réexamen urgent et à la levée des restrictions de voyage liées à Ebola imposées par le Royaume d’Arabie saoudite.
Africa CDC reconnaît et respecte pleinement la responsabilité souveraine de chaque pays, y compris l’Arabie saoudite, de protéger la santé et la sécurité de sa population. Toutefois, les mesures de santé publique doivent être fondées sur des données scientifiques, respecter les principes de proportionnalité et de transparence ainsi que le Règlement sanitaire international, plutôt que d’être dictées par la peur ou par la seule présence de cas importés.
Depuis la confirmation, le 6 octobre 2026, de son premier cas importé de maladie à virus Ebola causée par le virus Bundibugyo, le Kenya a fait preuve d’un leadership politique fort, de transparence et d’un engagement opérationnel déterminé dans sa riposte à l’épidémie.
Selon les dernières informations communiquées par les autorités kényanes, le pays a enregistré neuf cas confirmés, dont deux décès, toutes les infections étant épidémiologiquement liées à un seul cas importé. Africa CDC confirme ces chiffres et dispose d’une forte présence sur le terrain, où ses équipes travaillent en étroite collaboration avec le Gouvernement kényan. Aucun nouveau cas confirmé n’a été signalé depuis le 19 octobre et rien n’indique actuellement l’existence d’une transmission communautaire soutenue. Les activités de recherche et de suivi des contacts, de dépistage en laboratoire et de prévention des infections se poursuivent.
Africa CDC salue les efforts du Gouvernement kényan, en particulier ceux du ministère de la Santé, sous la direction du secrétaire de Cabinet, l’honorable Aden Duale, ainsi que ceux des professionnels de santé et des équipes de santé publique dont le travail a contribué à contenir la transmission au sein d’un foyer épidémiologique identifié. Le Kenya mérite également d’être salué pour les mesures ambitieuses engagées afin de transformer son système de santé, notamment à travers une stratégie résolue de santé numérique qui a permis à l’Autorité de santé sociale (Social Health Authority, SHA) d’enregistrer plus de 34 millions de Kényans en l’espace d’environ un an.
Africa CDC tient à rappeler un principe fondamental : la détection d’un cas importé d’Ebola ne constitue pas, en soi, un signe de défaillance du système national de sécurité sanitaire. Au contraire, la détection précoce, la transparence dans la notification des cas et l’efficacité des mesures de confinement démontrent la valeur des investissements dans la préparation et la surveillance épidémiologique. La détection récente d’un cas importé d’Ebola en France nous rappelle également que les maladies infectieuses peuvent franchir les frontières internationales, indépendamment de la situation géographique ou du niveau de développement économique des pays.
Africa CDC est préoccupé par le risque d’un traitement inégal des pays confrontés à des risques sanitaires comparables. Les mêmes principes scientifiques doivent s’appliquer partout, qu’un cas importé soit détecté dans un pays africain, dans un pays européen ou ailleurs dans le monde.
Les pays africains ne doivent pas faire l’objet de restrictions disproportionnées du seul fait qu’ils sont africains. De même, les pays qui notifient les épidémies avec transparence et y répondent efficacement doivent être soutenus plutôt que pénalisés.
Africa CDC appelle l’ensemble des organisations internationales à se joindre à cet appel et à faire entendre leur voix sur cette question. Africa CDC est particulièrement préoccupé par les restrictions générales de voyage et de visa qui, lorsqu’elles ne reposent pas sur une évaluation proportionnée des risques, peuvent compromettre la coopération en matière de santé publique, perturber les échanges commerciaux et les activités économiques, affecter les familles et les moyens de subsistance, et décourager la notification rapide de futures épidémies.
Les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé concernant l’épidémie actuelle de maladie à virus Ebola Bundibugyo établissent une distinction entre les mesures ciblées visant les cas confirmés, les cas suspects et les personnes contacts exposées, et les restrictions injustifiées imposées à l’ensemble des voyageurs. Une riposte efficace repose sur la surveillance épidémiologique, un dépistage approprié, la recherche des contacts, l’isolement, la prévention des infections et la coopération transfrontalière, plutôt que sur des restrictions généralisées.
L’Arabie saoudite est un ami et un partenaire de longue date de l’Afrique. Africa CDC et de nombreux pays africains entretiennent avec le Royaume une coopération étroite dans plusieurs domaines. C’est dans cet esprit qu’Africa CDC appelle le Royaume d’Arabie saoudite à engager de toute urgence un dialogue avec le Gouvernement du Kenya, Africa CDC et l’OMS afin de réexaminer et de lever les restrictions générales qui ne sont pas justifiées par les données épidémiologiques actuelles, tout en maintenant les mesures nécessaires, scientifiquement fondées et proportionnées pour protéger la santé publique.
Africa CDC appelle également les autres pays de la région et des autres continents à éviter d’instaurer des restrictions similaires en l’absence de justification solide en matière de santé publique. Ce dont l’Afrique a besoin aujourd’hui, c’est d’un soutien financier et technique solide pour contribuer à contenir cette épidémie. Il convient de rappeler que, sur les trois milliards annoncés par certains bailleurs de fonds, environ un milliard seulement a été effectivement décaissé, limitant ainsi la capacité des pays africains à répondre efficacement à cette urgence sanitaire.
Notre plaidoyer vise aujourd’hui à encourager l’Arabie saoudite et les autres partenaires financiers à s’engager résolument dans cet effort de mobilisation des ressources. Africa CDC demeure pleinement engagé aux côtés du Kenya pour soutenir sa riposte à travers la coopération technique, le renforcement des capacités de laboratoire, la surveillance épidémiologique, la prévention des infections et la coordination transfrontalière. Nous poursuivrons notre collaboration avec le Kenya, l’Arabie saoudite, l’OMS et les autres partenaires afin de favoriser un dialogue fondé sur la science et de renforcer la confiance mutuelle.
Le Dr Jean Kaseya, Directeur général d’Africa CDC, a déclaré :
« Le Kenya a démontré que les pays africains sont capables de détecter des cas importés d’Ebola, de réagir avec détermination et de protéger leurs populations. Nous ne devons pas pénaliser la transparence ni transformer les urgences de santé publique en barrières entre les nations. L’Arabie saoudite est un partenaire important de l’Afrique, et nous appelons respectueusement à une décision guidée par la science, la solidarité et la proportionnalité. Le monde est plus sûr lorsque les pays coopèrent pour mettre fin aux épidémies, plutôt que d’isoler les pays touchés. L’Afrique a besoin de partenariats, pas de sanctions ; de solidarité, pas de stigmatisation. »
Africa CDC réaffirme que le moyen le plus efficace de protéger tous les pays consiste à renforcer la préparation, à soutenir les États membres touchés et à interrompre la transmission du virus partout où elle survient.
La sécurité sanitaire doit unir les nations, et non les diviser.
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À propos d’Africa CDC
Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies sont l’agence de santé publique de l’Union africaine. En tant qu’institution autonome, Africa CDC soutient les États membres de l’UA dans le renforcement des systèmes de santé, l’amélioration de la surveillance des maladies et le renforcement de la préparation et de la réponse aux urgences sanitaires. Pour plus d’informations, visitez http://www.africacdc.org et suivez Africa CDC sur LinkedIn, X, Facebook, et YouTube.
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