Ces deux dames ont été nommées comme logisticiennes il y a une décennie pour la première et trois ans pour la deuxième. Sans expérience préalable, elles ont essuyé bien de difficultés avant de bénéficier d’une formation organisée dans le cadre de mise en place du projet Saving Lives and Livelihoods (SLL) – Sauver des vies et préserver les moyens de subsistance, en français- de Africa CDC. Une activité qui a profondément transformé leur quotidien. Portrait croisé de deux logisticiennes passionnées.
Par Guy Martial Tchinda
Âgée de 53 ans, Berthe Ngo Billong gère les vaccins en tant que logisticienne depuis 11 ans. Une fonction qu’elle a embrassée avec joie certes, mais qu’elle a exercée depuis lors sans grande maîtrise, faute d’une formation préalable. En effet, le cadre administratif qu’elle était n’a bénéficié que d’un petit briefing après sa nomination en 2014 par sa hiérarchie. « On s’occupait des vaccins mais sans savoir exactement comment les ranger par exemple, comment les placer dans les réfrigérateurs. Je ne savais pas qu’il fallait monitorer les températures le matin et le soir, qu’il fallait faire la maintenance préventive du réfrigérateur en le nettoyant… On avait beaucoup de soucis », renseigne-t-elle.
Ces difficultés, Alihou Pantami les a aussi partagées au début de sa carrière en tant que logisticienne au district de santé de Djoungolo -dans l’arrondissement de Yaoundé 1er- en 2022. « Je ne savais pas comment relever la température. En fait, je ne relevais pas toutes les données », avoue-t-elle, la quarantaine révolue.
Des problèmes qui ne relèvent plus que du passé. Ces deux logisticiennes, désormais incollables en matière de gestion des vaccins, ont en effet bénéficié d’une formation en gestion efficace des vaccins et de la chaîne de froid. Formation organisée dans le cadre de la mise en place du projet Saving Lives and Livelihoods (SLL) – Sauver des vies et préserver les moyens de subsistance, en français) de Africa CDC.
« Durant la formation, on nous a montré comment gérer nos vaccins pour éviter les pertes et comment conserver les vaccins. On nous a montré comment relever les températures avec le fridge-tag (enregistreur de température électronique utilisé pour surveiller et enregistrer les températures dans les réfrigérateurs et congélateurs, notamment pour le stockage de produits sensibles comme les vaccins et les produits pharmaceutiques, Ndlr); comment stocker les vaccins et comment les ranger dans la chaîne de froid ».
Le stress de moins
Outre la formation dont elles ont bénéficié, ces logisticiennes ont vu leur quotidien complètement transformé avec l’octroi par le projet SLL à leurs districts de santé respectifs de deux des réfrigérateurs homologués pour une meilleure conservation des vaccins. « Avec ces réfrigérateurs qui fonctionnent avec l’énergie solaire, on peut désormais dormir tranquille parce qu’on sait que les vaccins gardent leur température normale », se réjouit Berthe Ngo Billong. Non sans ajouter que « qu’avec les problèmes d’électricité qu’on avait, nous étions obligés d’appliquer tout le temps le plan de contingence. Dès qu’il y avait coupure, on se devait d’aller conserver les vaccins là où il y a le courant pour éviter qu’ils ne virent (qu’ils ne s’abîment, Ndlr). Nous avions aussi des problèmes de capacité de stockage, parce qu’on avait un petit réfrigérateur qui ne nous permettait pas de faire le stock maximum de notre district. »
Bien plus, « ces équipements nous évitent des pertes en vaccins puisque ces derniers sont bien conservés. En ce qui concerne le stockage, nous étions obligés de prendre des petites quantités qui étaient aussitôt distribuées dans les formations sanitaires. Mais aujourd’hui, on peut stocker de plus grandes quantités », détaille Alihou Pantami.
Un stress que ces dames n’aimeraient surtout plus vivre. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles elles prennent grand soin des équipements reçus. Une compétence acquise au cours de la formation dont elles ont bénéficié en 2023. « Lors de la formation, on nous a appris à faire de la maintenance préventive des équipements dont nos districts ont été dotés. Je nettoie donc régulièrement ces réfrigérateurs, aussi bien l’intérieur que l’extérieur, surtout avant chaque ravitaillement. De temps en temps aussi, je fais nettoyer la plaque solaire pour éviter que la poussière ne s’accumule dessus et l’endommage », explique Berthe Ngo Billong.
Même si elle se satisfait des avancées enregistrées avec la dotation de son district de santé en réfrigérateurs homologués, cette dernière plaide aussi pour la construction d’un espace adéquat pour loger lesdits équipements. Une doléance portée à l’attention d’une équipe de Africa CDC, en visite de travail au Cameroun du 21 au 23 juillet 2025. « Pour le moment, le district n’a pas encore de locaux et ses services sont logés à l’hôpital central de Yaoundé et on ne pouvait pas y installer ces réfrigérateurs, étant donné qu’on n’y a pas assez d’espace. Il fallait trouver une solution alternative. Le directeur du Centre médical d’arrondissement de Tsinga (arrondissement de Yaoundé 2e, Ndlr) nous a octroyé un local pour les installer mais il est un peu étroit et les normes d’installation ne sont pas respectées, puisqu’il faut espacer le réfrigérateur de 30 cm du mur », informe Berthe Ngo Billong.
Au district de santé de Djoungolo, Alihou Pantami exprime le même besoin, à quelques différences près. « On aimerait bien avoir une structure qui a un magasin et un bureau. On n’a pas une très bonne qualité de service lorsque les deux sont mélangés », explique-t-elle, avant d’exprimer son souhait de voir le personnel logisticien des formations sanitaires former eux aussi à la gestion efficace des vaccins.





